Une union européenne plus forte
L’origine du projet Stella Flag provient d’un livre intitulée L’Europe en 2050 écrit par Denis Lepeu. Les textes ci-dessous en sont extraits.
C’est assurément la décision la plus facile à prendre, en même temps que la plus symbolique et la plus visible, celle qui identifiera chaque pays de notre continent à la nation européenne et qui scellera dans le conscient et l’inconscient de tous ses peuples le sentiment d’appartenance à cette nouvelle nation.
C’est la décision la plus facile à prendre et en même temps la plus difficile, car elle vaudra profession de foi pour tous les pays qui l’adopteront. Il y a fort à parier que tous les eurosceptiques et les europhobes s’y opposeront de toutes leurs forces.
Tout le monde connaît le drapeau de l’Europe, constitué d’un cercle de douze étoiles d’or à cinq branches sur fond bleu roi. Ce drapeau fût d’abord adopté par le Conseil de l’Europe avant de l’être par la quasi totalité des institutions européennes comme le drapeau officiel de l’Europe. Il fut officiellement inséré dans l’arsenal législatif constitutionnel de l’Union européenne dans la célèbre Déclaration 52 du Traité de Lisbonne du 13 décembre 2007 qui précisait les cinq symboles de l’Union : le drapeau représentant un cercle de douze étoiles d’or sur fond bleu, l’hymne tiré de l’Ode à la Joie de la neuvième symphonie de Beethoven, la devise Unie dans la diversité, l’euro comme monnaie de l’Union et la journée de l’Europe le 9 mai.
Pourquoi douze et pas vingt-sept ou vingt-huit ou trente-cinq étoiles, demande-t-on souvent en pensant au drapeau américain qui cantonne les cinquante étoiles correspondant aux cinquante États américains ?
D’abord parce qu’il paraissait compliqué de changer le nombre d’étoiles et de refaire les drapeaux à chaque élargissement (C’est pourtant ce qui a été fait avec la bannière étoilée américaine qui a déjà changé vingt-sept fois le nombre de ses étoilées cantonnées). Ensuite le nombre douze fait partie des nombres d’or à forte connotation symboliques : il y a les douze mois de l’année, les douze signes du zodiaque, les douze coups de minuit, les douze tribus d’Israël, les douze travaux d’Hercule, les douze apôtres, les douze imams, les douze pieds d’un alexandrin, le système duodécimal, etc. Ce nombre est un symbole de perfection et de plénitude.
Plusieurs drapeaux « européens » avaient vu le jour juste après la dernière guerre mondiale, liés aux mouvements européens qui naissaient à ce moment-là. Un des premiers arborait un grand E rouge sur fond blanc. Dunaire Sandys, le président du Mouvement européen de l’époque proposa à son tour un grand E blanc sur fond vert, couleur de l’espérance, qui connut un grand succès en 1950 et fût arboré aux frontons de plusieurs mairies, institutions et chez des centaines de particuliers au côté du drapeau « national ». Mais un petit malin trouva un jour qu’il ressemblait à un « caleçon suspendu à un fil en train de sécher ».
Le caleçon de Sandys ne tarda pas à être amené…
Mais le problème était posé et l’assemblée du Conseil de l’Europe, à Strasbourg, s’en empara « en vue de donner un sens plus exact à l’unité européenne ».
Le secrétariat de l’Assemblée reçut plus d’une centaine de propositions et une commission ad hoc se réunit en juillet 1951 à Londres, en public et à la chambre des communes. Il fallait sélectionner une ou plusieurs couleurs et un emblème. Après de très longues discussions l’emblème retenu fut l’étoile et les couleurs le bleu et l’or.
C’est au finaliste d’un concours ad hoc, Arsène Heitz, que le Conseil de l’Europe confia la conception du drapeau européen. De nombreuses tentatives avaient été faites la sienne, notamment celle d’un styliste japonais d’origine allemande, Carl Raymon, qui avait suggéré une étoile dorée sur fond bleu. Puis on s’avisa que le drapeau était déjà pris par la République démocratique du Congo.
On raconte qu’Arsène Heitz s’est inspiré, un 15 août, jour de l’Assomption, d’une représentation de l’apparition de la Vierge à Lourdes, auréolée d’une couronne de douze étoiles. On dit aussi que c’est en visitant la cathédrale de Strasbourg que MM. Adenauer, Gasperi et Schumann avaient eu les premiers l’idée des douze étoiles sur fond bleu en observant un vitrail figurant la Vierge Marie auréolée des douze étoiles d’or.
Cette filiation religieuse affichée a déclenché, un demi-siècle après, la colère du philosophe Michel Onfray, revendiquant la laïcité pour les symboles européens. Il n’a apparemment pas tort puisque le symbole de la couronne de douze étoiles fait au moins référence à trois religions : il apparaît dans l’Apocalypse de Saint Jean, qui l’avait lui-même repris d’un texte juif, le Targum de l’Exode, lequel s’inspirait des mages astronomiques de Babylone, de religion zoroastrienne, que les juifs avaient rencontrés pendant leur exil en Mésopotamie. Retenir un symbole religieux pour un continent qui proclame haut et fort sa tolérance religieuse, sa laïcité et la séparation de l’Église et de l’État peut sembler contradictoire, même si ces trois termes n’ont pas tout à fait le même sens partout. Mais il est aussi indéniable que l’Europe s’est construite sinon grâce aux églises chrétiennes, au moins avec elles et que la célèbre réponse « Rendons à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César » est à la base de la laïcité européenne et de son esprit de tolérance.
On peut donc rassurer Michel Onfray et lui rappeler que la symbolique du nombre douze n’est pas d’origine religieuse : elle remonte à la nuit des temps et il y fort à parier que le système duo-décimal – de base douze en lieu et place du système décimal de base dix – fut inventé par l’homo sapiens qui ne connaissait ni l’écriture ni le boulier mais avait tout de même besoin de compter dans sa vie quotidienne. Son premier « boulier » fut probablement décimal avec les dix doigts de la main ; mais il perfectionna vite le système en adoptant – sans en avoir conscience – le système duo-décimal qui lui permit d’aller au delà du chiffre dix jusqu’au chiffre cent quarante quatre.
Le premier homme qui eût en effet l’idée de compter dans sa main droite avec son pouce les douze phalanges des quatre autres doigts de cette même main ne fût probablement pas le même que celui qui eut l’idée de compter les douzaines ainsi obtenues avec le pouce de sa main gauche sur les quatre autres doigts de cette même main, mais il faut reconnaître qu’ils avaient à eux deux « inventé » le système duo décimal.
La numérotation de base douze est toujours d’actualité : douze est divisible par deux et par trois, le système monétaire de l’Angleterre l’a abandonné il y a fort peu de temps, mais les écoliers anglais apprennent toujours leurs tables de multiplication sur la base douze : ils savent tous que douze fois douze font cent quarante quatre, comme le savaient très probablement les néandertaliens…